Voiture électrique: pourquoi les tarifs aux bornes de recharge n'exploseront pas en 2023

Des véhicules en charge sur des bornes du réseau Ionity - Ionity
Si les prix des carburants font le yoyo, en particulier depuis le début de la guerre en Ukraine, les tarifs de l'électricité font aussi faire preuve d'une importante volatilité. Moins depuis la mise en place du bouclier tarifaire sur l'électricité mis en place l'an dernier, mais il ne concernait pas les bornes de recharge pour voitures électriques.
Ne pas freiner la transition électrique
Au Mondial de l'Auto en octobre dernier, Emmanuel Macron s'était engagé à mettre en place cette extension du bouclier tarifaire. Dans une France en pleine transition vers la voiture électrique, l'argument principal restait de rassurer les utilisateurs. 83% des Français estiment en effet que la hausse du prix de l'électricité représente désormais un frein important à l'achat d'une voiture électrique d'après une récente étude commandée par Leocare.
Une promesse concrétisée depuis début février, comme l'avait annoncé la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher.
Si la plupart des recharges se font certes à domicile, avec des automobilistes qui étaient déjà protégés par le bouclier mis en place l'an dernier et prolongé en 2023, il était en effet important de sécuriser les charges itinérantes, notamment avec le réseau de bornes rapides sur le réseau autoroutier pour les longs trajets.
"L'idée de cette extension aux bornes de recharge c'est qu'il n'y ait pas de trous dans la raquette du bouclier tarifaire sur l'électricité et plus globalement dans les aides apportées face à cette crise de l'énergie", résume Mathias Laffont, directeur économie, mobilité et bâtiment de l’Union française de l'électricité, l'association professionnelle du secteur en France.
Cet expert exclu toutefois des hausses excessives qui auraient pu être pratiquées par les opérateurs des différents réseaux.
"Les opérateurs n'ont pas vraiment d'intérêt à augmenter les prix au-delà de la hausse des coûts qu'ils subissent", explique Mathias Laffont.
Surtout pour des acteurs qui doivent encourager l'électromobilité, comme Ionity, qui appartient à un consortium de constructeurs, ou Tesla, qui a ouvert une partie de ses superchargeurs aux clients des autres marques.
Au-delà de l'augmentation du coût de l'énergie, les hausses des derniers mois peuvent aussi s'expliquer par l'installation récente de nouvelles stations. Or, les prix négociés de l'électricité, sur des contrats longs de 3 ans en général, étaient ainsi plus favorables pour les bornes installées avant le début de la crise énergétique.
Quelle hausse en 2023?
Ce nouveau dispositif reste tout de même assez complexe, puisqu'il inclut les opérateurs de recharge dans le cadre de l'amortisseur électricité, mis en place cette année pour les entreprises et collectivités.
"Concrètement l’État va prendre en charge, sur 50 % des volumes d’électricité consommé, l’écart entre le prix de l’énergie du contrat et 180 €/MWh (soit 0,18 €/kWh). L’État va donc intervenir directement sur la brique de facture d’électricité qui augmente aujourd’hui avec les prix de marchés de gros, et va donc payer une partie de la facture d’électricité", explique la page sur le site officiel du ministère.
Plutôt que de limiter la hausse à un certain niveau, comme le bouclier tarifaire, ce bouclier bornes de recharge va donc plutôt réduire son augmentation potentielle. Difficile donc d'estimer qu'elle aurait été l'ampleur de la hausse cette année sans ce bouclier.
"C'est compliqué de donner une réponse ferme et précise à cette question de la hausse qu'on aurait pu connaître, notamment car il y a différents modes de tarification qui coexistent actuellement: au temps, au kWh, parfois un forfait avec plusieurs composantes. On s'attendait à des hausses de 50% voire 100% cette année, donc on espère que cela permettra bien de limiter au maximum les augmentations de tarifs", analyse Clément Molizon, délégué général de l'Avere, association de promotion du véhicule électrique.
Face à cette hausse des tarifs, certains opérateurs mettent aussi en place des tarifications avantageuses en heures creuses. C'est le cas notamment de Tesla ou d'Allego. D'autres proposent des prix plus attractifs grâce à des contrats d'énergie renouvelable.
"L'opérateur Yaway vient de baisser ses prix de 20-25% car il passe par des contrats d'énergie éolienne", évoque Clément Molizon.
De quoi séduire des utilisateurs de voitures électriques qui pourront être attirés par la perspective de réduire un peu la facture, tout en se chargeant avec de l'électricité décarbonée.












