Prime, augmentations : les syndicats de Stellantis refusent de signer l'accord sur les rémunérations

. - JB
Après des résultats records, plus de 13 milliards d'euros de bénéfices l'an dernier, Stellantis fait face à la grogne des syndicats français. L'ensemble des organisations représentatives des salariés (CFDT, CFE-CGC, FO, CFTC, CGT) vient en effet de refuser de signer l'accord salarial proposé par la direction.
Une politique de redistribution qui passe mal
La stratégie de communication du groupe issu de la fusion entre PSA et FCA début 2021 semble ainsi se retourner contre lui. Juste après la publication des résultats annuels mercredi dernier, le patron de Stellantis, Carlos Tavares, annonçait une prime d'au minimum 4000 euros bruts pour tous les salariés français gagnant jusqu'à 2,5 fois le Smic. Un versement ponctuel certes en hausse - il était de 3000 euros chez PSA en 2020 - mais loin du triplement des bénéfices, même si la direction a proposé une hausse des salaires de 3,2%.
Et très vite, malgré cet effet d'annonce positif, la proposition d'une prime de 4000 euros a fait grincer des dents. Déjà en comparaison de la prime prévue pour les salariés américains du groupe: jusqu'à 14.670 dollars (13.110 euros), note un article de L'Argus. Et surtout vis-à-vis du montant des dividendes annoncé.
"En 2022, le Groupe Stellantis va redistribuer 1,9 milliard d’euros aux salariés et 3,3 milliards d’euros aux actionnaires", souligne ainsi la CFDT dans un communiqué diffusé le jour même.
Même son de cloche du côté de la CFE-CGC, qui souligne que "la direction n’était pas favorable à une augmentation générale pour tous: les cadres et agents de maitrise n’auront pas d’augmentation générale et 20% de ces derniers n’auront pas d’augmentation individuelle".
"Les techniciens sont délaissés dans cette négociation avec 2% d’augmentation générale, en deçà de l’inflation et inférieure à celle des ouvriers. En plus, 30% de techniciens n’auront pas d’augmentation individuelle", met en avant le syndicat.
Un geste fort attendu par les syndicats
Dans un environnement particulièrement incertain, des représentants salariés auraient attendu un geste beaucoup plus significatif de la part de leur employeur:
"Pour nous, il fallait un signe de soutien fort, au moment où le groupe réalise des résultats records, ce qui ne sera peut-être pas le cas dans les années à venir, vu le contexte géopolitique, le covid ou encore la pénurie de semi-conducteurs, explique Christine Virassamy, déléguée syndicale centrale CFDT chez Stellantis. Nous craignons que cela se ressente sur le moral des salariés, sachant que Carlos Tavares a parlé de poursuivre les efforts de gain de productivité au cours des prochaines années".
Stellantis doit justement présenter son plan stratégique ce mardi 1er mars, avec à la clé de nouvelles annonces pour faire face aux principaux défis actuels, l'électrification en premier lieu.
Lors de la présentation des résultats annuels, Carlos Tavares avait mis en avant ce défi industriel de se tourner de plus en plus vers la production de véhicules électriques et hybrides, avec la nécessité "d'absorber ces coûts supplémentaires", évoquant "environ 10% de gain de productivité par an pour les cinq prochaines années, dans une industrie qui est habituée à obtenir entre 2% et 3%".
Ces tensions arrivent également dans un contexte social compliqué en France: début février, le groupe annonçait 2600 départs volontaires d'ici fin 2023 dans l'Hexagone et incite clairement à aller voir ailleurs. D'après la CFDT, les effectifs de Stellantis (ex-PSA) en France ont fondu, passant de 70.000 à 40.000 salariés en 15 ans. De son côté, la direction évoque 45.000 salariés en France actuellement, et plus de 280.000 dans le monde.
La rémunération de Carlos Tavares relance les débats
Dernier acte qui a fait grincer des dents en interne, le rapport annuel de Stellantis publié samedi dernier fait ressortir le montant de la rémunération de Carlos Tavares: "un salaire fixe de 1,98 million d’euros (contre 1,5 million en 2018 et 2019), ainsi qu’un bonus de 17 millions d’euros, soit près de trois fois plus qu’en 2018 et 2019 (6 millions)", indique L'Est Républicain.
"La divulgation de ces montants tombe mal alors que les syndicats dénoncent sa pingrerie lors des négociations salariales", résume le quotidien. Les syndicats appellent eux à une réouverture des négociations.












