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Sortie de l'Alsace du Grand Est: des négociations difficiles commencent entre partisans et opposants

BFM Alsace Mélanie Hennebique
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Le mardi 14 mai, les négociations débutent entre la région Grand Est et la Collectivité européenne d'Alsace pour une durée d'un mois. Entre les partisans et les opposants, une véritable bataille s'opère.

L'Alsace deviendra-t-elle une région à part entière ou restera-t-elle dans le Grand Est? Ce mardi 14 mai, des discussions s'ouvrent sur ce dossier, avec l'organisation notamment d'une réunion à la préfecture du Bas-Rhin.

Ces discussion, qui dureront un mois, se dérouleront sous la présidence de la préfète de la Région, Josiane Chevalier, qui assistera à des tentatives de dialogue entre le Grand Est et la Collectivité européenne d'Alsace (CEA).

Le dossier avait déjà été commenté par Emmanuel Macron à la fin du mois d'avril. Lors d'une visite organisée dans le cadre de la signature du Contrat triennal, le président de la République avait réitéré son opposition à la sortie de l'Alsace du Grand Est, mais proposait d'ouvrir un espace de négociations entre la CEA et la Région pour savoir si l'organisation actuelle de ces deux collectivités était la plus efficace où s'il était nécessaire d'imaginer des transferts de compétences.

"Il faut y aller sans arrière-pensée avec l'envie d'être plus efficace encore pour l'Alsace, et on verra après quelques heures de discussions ce qu'il en sera", avance Franck Leroy, président de la région Grand Est au micro de BFM Alsace.

"Je pense qu'il faut qu'on discute en mettant les dossiers sur la table pour regarder partout là où on peut être plus efficace demain, c'est ce qu'attendent nos concitoyens", ajoute-t-il.

Une lettre adressée à Emmanuel Macron

Autour de la table, les différentes parties semblent peu décidées à changer d'avis et n'hésitent pas à défendre leur position. Après la visite d'Emmanuel Macron à Strasbourg, des élus lui avaient adressé une lettre pour lui demander de s'opposer au projet de laisser l'Alsace quitter le Grand Est.

"Nous nous inquiétons de voir ressurgir, une fois de plus, le débat sur le périmètre de notre Région (...) Une nouvelle modification de l'organisation territoriale serait incompréhensible", ont-ils écrit.

Frédéric Bierry, président de la CEA, qui défend la sortie de l'Alsace de la Région, a fait comprendre qu'il n'avait pas apprécié cette missive.

"Il y a, dans ceux qui ont signé, toute une partie d'élus qui ne sont pas Alsaciens et qui ne montent pas de projets pour l'Alsace, mais veulent bénéficier de la manne financière que peuvent leur apporter le territoire", dénonce-t-il.

Frédéric Bierry estime également que ces signataires n'ont aucune légitimité à s'exprimer en temps que maires ou représentants d'agglomération, "car ils n'ont pas reçu l'aval de leur assemblée ou des habitants".

Un retour en arrière "extrêmement coûteux"

Parmi les signataires de cette lettre se trouve notamment Pia Imbs, la présidente de l'Eurométropole de Strasbourg. Alors qu'elle s'était autrefois engagée pour une sortie de l'Alsace du Grand Est, la maire de Holtzheim a aujourd'hui changé d'avis.

"L'identité alsacienne perdurant au-delà de la mise en place de la Région Grand Est, il n'y a plus de raison à opérer un retour en arrière qui serait extrêmement coûteux", avait-elle déclaré.

A la suite de cette annonce, l'édile avait même quitté le MPA (Mouvement pour l'Alsace) qu'elle avait rejoint en 2018. Ce revirement l'a propulsé sous le feu des critiques, certains l'accusant de trahison.

"J'ai été attaquée car tout un chacun connaît mon attachement à l'Alsace et ne pouvait pas comprendre ma position d'aujourd'hui, mais qui est celle où je vois comment on peut travailler avec l'un et avec l'autre", se défend-elle à BFM Alsace.

Pia Imbs estime par ailleurs que l'Eurométropole est "dans le cofinancement de grands projets" avec la région Grand Est et le CEA. "Soyons réalistes sur ces modalités de fonctionnement", lance-t-elle.

Alors que les négociations commencent sur ce dossier, les partisans d'une Alsace hors de la région restent mobilisés. En réponse au courrier adressé à Emmanuel Macron, l'Initiative Citoyenne Alsacienne a, à son tour, envoyé une lettre à la préfète du Grand Est pour réclamer une nouvelle fois une région Alsace indépendante.

Parmi les signataires se trouvent deux sénateurs, un député et 36 maires de communes alsaciennes, notamment Eric Straumann, le maire de Colmar.