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Mulhouse: une pétition lancée contre la réintégration d'un enseignant sanctionné pour harcèlement à l'IUT

BFM Alsace Juliette Moreau Alvarez et Gilles Fœller
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Un enseignant, suspendu trois mois en juillet après des faits de harcèlement, a réintégré l'IUT de Mulhouse ce lundi 21 octobre. Les étudiants se mobilisent depuis pour son exclusion définitive.

"Harceleur, on te voit". Des affiches ont été placardées par des étudiants à l'IUT de Mulhouse (Haut-Rhin) pour s'opposer à la réintégration d'un des enseignants de l'établissement, sanctionné en juillet dernier pour harcèlement. Une pétition a également été lancée pour empêcher son retour.

Le professeur visé avait été suspendu de l'Université de Haute-Alsace pour trois mois, après avoir envoyé des SMS à répétition à deux étudiantes de 18 et 20 ans, leur demandant des rendez-vous en tête-à-tête. Il a également déposé un courrier au domicile de l'une d'entre elles.

Son retour, prévu ce lundi 21 octobre, ne s'est pas fait en toute discrétion. Le syndicat étudiant Communauté solidaire des terres de l'Est (CSTE) demande son renvoi de l'université.

"Petite pucinette", "un côté femme/enfant"

Les faits se sont déroulés de janvier à novembre 2022 pour la première jeune femme et à partir de septembre 2022 pour la seconde étudiante. C'est la CSTE qui a épaulé les deux victimes et a saisi la cellule d'écoute de l'université en novembre et décembre 2022.

Le syndicat étudiant a partagé dans pétition plusieurs messages envoyés par le professeur quadragénaire. "Aimes-tu que l’on te regarde le c… LOL", a-t-il par exemple écrit, ou encore "(...) je suis juste extrêmement touché par tes mots… Bien joué petite pétasse ;-)".

Des messages pour réclamer des rendez-vous ont également été envoyés. "Je suis persuadé que vous allez prendre de la maturité dans les mois à venir… et quand vous vous sentirez à l’aise, vous me direz “(prénom du prof), ça me ferait plaisir qu’on aille au zoo ensemble ;)."

L'homme a également partagé dans ces messages être "proche de plusieurs étudiants/étudiantes" notamment une en particulier qui possède "un côté femme/enfant marrant comme tout."

Sa lettre déposée au domicile de son étudiante commençait également par les mots "Petite pucinette".

Une "sanction inadéquate" pour les étudiants

La commission disciplinaire s'est réunie en juillet 2024 et a décidé, donc, de suspendre l'enseignant. La décision étant effective dès l'instant où elle a été prononcée, la sanction a débuté pendant les vacances scolaires estivales. Insuffisant pour le syndicat et plusieurs étudiants de l'IUT, qui réclament depuis un départ définitif.

"Son retour après trois mois de 'vacances' comme si rien ne s'était passé est un véritable affront pour les victimes", estime la CSTE. Elle dénonce une "sanction inadéquate".

"Cette sanction s'inscrit dans une minimisation des faits de harcèlement et plus largement des violences sexistes et sexuelles", continue le syndicat.

Il remet notamment en cause le processus établi par la section disciplinaire de l'Université de Haute-Alsace, mais également la formation des personnes, toutes enseignantes, siégeant au sein de cette section.

La CSTE souligne que la section disciplinaire ne permet pas aux victimes de faire appel ou de contester ses décisions, ni d'être simplement informées du processus et de la sanction appliquée.

L'université se défend

Les étudiants mobilisés demandent également une procédure d’appel par le président de l’Université de Haute-Alsace auprès du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) "au nom de l’insuffisance de la sanction par la section disciplinaire de l’université". Ils réclament enfin la non-reconduction du vice-président Égalité-diversité à son poste.

De son côté, l'Université de Haute-Alsace s'est défendue. Elle a rappelé que la sanction a été prononcée par une section qui est indépendante. Ainsi, elle affirme qu'elle ne peut donc plus faire appel.

La pétition, adressée directement au président de l'université Pierre-Alain Muller, a atteint les 460 signatures ce jeudi 24 octobre. Les affiches placardées en début de semaine par le syndicat ont quant à elles été retirées par la direction.