BFM Alsace

L'Alsace commémore ses "Malgré-Nous", incorporés de force dans l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale

BFM Alsace Matthieu Chanvillard avec Laurène Rocheteau
placeholder video
Téléchargez la nouvelle application BFM
Plusieurs associations ont organisent une cérémonie de commémoration ce jeudi 25 août. Des élus appellent également à transmettre cette partie de l'histoire de la région, trop souvent tue par le passé.

C'est une bien triste date que l'Alsace commémore ce jeudi 25 août. Celle d'un décret qui, en 1942, contraignait les Alsaciens à faire leur service militaire et rejoindre les rangs de l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus de 134.000 "Malgré-Nous" alsaciens et mosellans ont ainsi été incorporés de force à l'armée allemande.

Une partie de l'histoire de la région trop souvent tue car jugée honteuse. Aujourd'hui, des associations et élus locaux se mobilisent pour transmettre cette histoire.

"Les Français nous regardaient de travers"

Charles Geisler, l'un des derniers Malgré-Nous qui peut encore raconter son histoire, avait 17 ans lorsqu'il a été incorporé de force, en 1943. Originaire de Schiltigheim, il a dû abandonner son apprentissage dans une brasserie pour rejoindre une unité anti-aérienne de la Wehrmacht, l'armée allemande, positionnée en Biélorussie et en Ukraine.

"On tirait sur les avions quand ils descendaient du ciel", se souvient Charles au micro de BFM Alsace, qui se rappelle également être à l'époque le plus jeune soldat de sa compagnie. "Quand j'étais au front, Hitler commençait déjà à perdre, les Russes avançaient."

À la fin de la guerre, en 1945, Charles Geisler est parvenu à rentrer rapidement à Schiltigheim. Mais il n'a pas pu y retrouver toute sa famille: son père est mort en Pologne, comme 450 autres Schilikois.

Charles Geisler avait 17 ans quand il a été incorporé de force dans l'armée allemande.
Charles Geisler avait 17 ans quand il a été incorporé de force dans l'armée allemande. © BFM Alsace

En plus de la mort de son père, Charles Geisler a également dû faire face aux regards des autres Français à son retour de la guerre. Beaucoup ne comprenaient pas que les Malgré-Nous avaient été forcés de combattre pour l'Allemagne.

"Les Français nous regardaient de travers, comme si on avait été volontaires dans l'armée allemande, et pas incorporés de force. C'était difficile pour les Français d'admettre qu'on avait été dans l'armée allemande. C'est un peu logique."

Transmettre leur histoire aux générations futures

Un sentiment de honte qui a longtemps empêché les Malgré-Nous de transmettre leur histoire à leurs enfants et petits-enfants.

"Parce qu'on ne les a pas fait parler", regrette Armand Peter, commissaire d'une exposition sur les Malgré-Nous à Schiltigheim. "On ne les a pas accueillis psychologiquement, et ils n'ont pas transmis cette histoire à leurs enfants. (...) Car souvent, pour eux, c'était une histoire honteuse, parce qu'elle a été vue et présentée comme ça en Alsace."

Aujourd'hui, Armand Peter fait partie de ceux qui se mobilisent pour mettre en lumière cette partie de l'histoire de la région.

Au début du mois d'août, le président de la Collectivité européenne d'Alsace, Frédéric Bierry, avait appelé les maires du Haut-Rhin et du Bas-Rhin à organiser des commémorations, pour que l'histoire des Malgré-Nous ne soit plus ignorée.

"Il me semble de notre devoir, en tant qu’élus, est de leur témoigner solennellement tout notre respect et de les assurer que nous veillerons, pour les générations futures, à perpétuer leur mémoire", avait-il écrit dans une lettre adressée à l'ensemble des maires de l'Eurométropole de Strasbourg.

L'Association des Évadés et Incorporés de Force, et celle des Orphelins de Pères Malgré-Nous d'Alsace Moselle organisent une commémoration des Malgré-Nous ce jeudi à Obernai.