À Strasbourg, le premier festival du consentement

Strasbourg a accueilli le premier festival du consentement ce week-end. - Facebook/FESTIVAL DBSP : SANS OUI C'EST NON !
"Sans oui, c'est non": le temps d'un grand week-end et cinq ans après l'explosion de #MeToo, Strasbourg accueille le "premier festival du consentement", pour s'interroger et aller "au-delà de l'entre-soi", malgré un public encore très majoritairement féminin.
Derrière l'évènement, Emanouela Todorova, présidente de l'association "Dis bonjour sale pute" et à la tête du compte Instagram du même nom lancé en 2021, comptant près de 160.000 abonnés. Elle y dénonce le harcèlement de rue et organise des formations en entreprises et en milieu scolaire.
"On veut questionner tous ces schémas problématiques avec lesquels grandissent les jeunes, pour qu'une fois adulte, on ne soit pas gêné de dire non", explique l'entrepreneuse de 33 ans, dont l'évènement, organisé dans une auberge de jeunesse du quartier étudiant de la Krutenau, affiche complet trois jours durant.
Au programme, des cercles de parole réservés aux femmes, des séances de yoga, des concerts et surtout de nombreuses tables rondes sur "le consentement dans nos relations", "les violences sexistes et sexuelles (VSS) en milieu festif" ou encore "la déconstruction", à laquelle vient d'assister Jeanne Demonque.
"Valeurs patriarcales"
"Ça peut nous apporter de nouvelles pistes de réflexion, pour avoir la relation la plus égale possible", explique cette commerciale pour une entreprise de cosmétiques âgée de 28 ans, qui déplore la faible présence masculine au festival strasbourgeois.
Selon elle, "ceux qui sont là, ce sont ceux qui ont déjà entamé ce chemin", comme son mari qui l'accompagne, Mauricio Andia, 30 ans, qui reconnaît se sentir "un peu seul".
"C'est pareil ailleurs, j'ai suivi des cours de féminisme à Montréal et il n'y avait que des femmes, des personnes trans ou non binaires et très peu d'hommes cisgenres", constate aussi Emma Delahaye, 21 ans, venue avec une amie.
Inscrite en droit à son retour en France, la jeune femme, pour qui "l'égalité femmes-hommes est le principal combat de notre société", a rejoint le "collectif prévention" de son association étudiante.
Une préoccupation partagée au plus haut sommet de l'Etat, l'égalité femmes-hommes étant à nouveau la "grande cause du quinquennat" affichée par Emmanuel Macron. Samedi, la ministre Sylvie Retailleau a ainsi annoncé le doublement du budget alloué à la lutte contre les VSS dans l'enseignement supérieur en 2023, et une campagne de sensibilisation au consentement "sans oui, c'est interdit" s'apprête à être déployée sur les campus et en ligne.
"Amplifier un mouvement"
De quoi dire que la bataille culturelle est en passe d'être gagnée? "On nous dit souvent qu'on surfe sur une vague, mais on ne fait en réalité qu'amplifier un mouvement qui a encore malheureusement besoin de l'être en 2022 car les problèmes continuent d'exister", tempère Emanouela Todorova.
Cinq ans après la déferlante initiée par #MeToo, l'influenceuse reconnaît cependant que "le sujet s'est imposé", et que son festival bénéficie aujourd'hui du soutien de partenaires institutionnels et commerciaux qui "ne seraient pas forcément venus auparavant".
"Je suis assez impressionnée par tout ce que fait cette jeune génération, par rapport aux tabous que moi j'ai vécus quand j'avais leur âge", salue Sylvie Morenas, cadre d'un laboratoire pharmaceutique, née il y a 61 ans. "Il faut voir tout le chemin parcouru et rester optimiste", ajoute-t-elle.
À ses côtés, sa fille Valentine, 26 ans, qui l'a invitée au festival, acquiesce. Après une période comme prof de français, elle veut devenir éducatrice sexuelle et vient de lancer son compte Instagram d'"éducation pour toustes", consacré "aux sexualités et aux relations".













